
CA SUIT SON COURS... (24 02 2007) entretien avec sévane stépanian autour du spectacle "ça suit son cours..." lors de la semaine arménienne au lavoir moderne parisien. durée: 3min. |
Voyage musical autour de la poésie de Rouben Melik avec Claude Barbos, diseur de la Goutte d’Or et Lavach’ .
Lavach’ c’est la rencontre à la Goutte d’Or en 1999 de quatre musiciens français d’origines diverses (Arménie, Congo, Pologne et Mexique). Leur musique, porteuse de fête et de chaleur humaine, puise ses racines dans les airs traditionnels arméniens. Elle emprunte également des rythmes populaires d’ailleurs (chants réunionnais, cubains, français, reggae). Les membres du groupe aiment à jouer dans des lieux propices aux échanges, aux rencontres et aux nouvelles expériences,
parfois étranges, souvent enthousiasmantes. Ils viennent d’enregistrer leur deuxième album, Sérénade à la Mule.
En 1ère partie : Bernard Dededjian à l’accordéon pour une escapade sur le Mont Ararat.
(source: www.theatreonline.com)
ROUBEN MELIK a publié quatre anthologies, une quinzaine de recueils. Si ses premiers livres sont marqués par le désir de communiquer des idées (Lynchs 1954), une vision (Christophe Colomb 1952), sa création a changé de registre avec « Le Poème arbitraire ». A partir de cette époque, la veine baroque prend l’initiative.
Après ce peu d’espace entre les mots ( « Europe », « Poésie »), « L’Ordinaire du jour » qui sort ces jours-ci (Motus), prouve que cet auteur discret mérite une lecture attentive.
- « Nous ne cultivons pas assez la richesse de la contradiction. C’est difficile de rester soi sans rien renier. On le voit bien dans l’actualité. Sur un plan esthétique ma démarche finale intègre des oeuvres aussi diverses que celles d’Aragon, de Céline, de Malraux. Aragon est un immense poète mais il ne fallait pas s’inféoder. Comment dire ? A l’époque de Victor Hugo, il y avait aussi Gérard de Nerval !... je n’aime pas la politique du premier ou du second rayon. Je ne l’ai jamais pratiquée. Ni comme éditeur durant toutes ces années aux EFR, pendant que nous donnions existence, notamment, à La Petite Sirène, ni à la Caisse des Lettres où nous avons accueilli toutes les démarches. »
Rouben Mélik n’est pas de ceux qui se livrent facilement. Il est celui qui reste en réserve, un murmure sur les lèvres, suivant la conversation du fond d’un fauteuil, intervenant avec un sens de la parole mesurée qui n’empêche aucunement la fermeté des principes. Ce qui frappe, lors d’un comité d’ « Europe », au hasard d’une balade dans le Paris populaire qu’il affectionne ou dans le petit pavillon de L’Hay-les-Roses, c’est une distinction sans maniérisme, un mélange de classicisme et d’ornemental aux teintes chaudes mais atténuées. Sans qu’aucun rapport direct puisse être établi, comment ne pas pressentir des correspondances entre la diction que la diplomatie a savamment éduquée, que la maladie a obligé à un ressaisissement, et une poésie entièrement habitée par la voix ?
« J’ai choisi l’alexandrin par ignorance théorique. Au lycée, l’étude de la poésie s’arrêtait à Verlaine. On atteignait les classes de philo en connaissant à peine les symbolistes. En 41,42, je comptais encore le nombre de pieds d’une manière très racinienne. Ce n’est que très tard, au fond, que j’ai découvert Eluard. J’ai été son secrétaire. C’était un être éclairant... Mais, j’en reviens à l’alexandrin. Ce ne fut pas qu’un héritage forcé. Les combinaisons qu’il permet, le sonnet par exemple, satisfaisaient et satisfont toujours mon goût pour l’exigence, pour les mathématiques qu’exprime la composition de « La Procession. »
« La Procession qui est une publication d’oeuvres choisies (1942-1984), a cela de particulier quel’organisation des poèmes ne s’effectue pas en fonction de la chronologie. Ce livre, très symphonique, est l’histoire d’une possession (par l’alexandrin), d’un amour (pour l’alexandrin), d’un combat (contre l’alexandrin). Il ne participe pas d’un jugement esthétique porté a posteriori sur le déjà publié. Il restitue les métamorphoses d’une musique interne ayant guidé un itinéraire poétique de plus de quarante ans. Il part d’un mètre utilisé au départ comme moyen, s’enfle lorsque la forme conquiert son indépendance au fur et à mesure que le scandaleux fait irruption dans la thématique, perd complètement de vue le lecteur quand s’affirme la période baroque... puis replace l’un des premiers textes, « Christophe Colomb », dans un second degré lourd d’une histoire littéraire et politique. Cette réaffirmation/distanciation transforme radicalement la tonalité d’espoir du jeune militant qui écrivait lorsquela certitude née du spectacle d’Oradour, la nécessité de lutter pour un renouveau de l’humanisme, renforçaient l’illusion d’une maîtrise de la langue.
« QUAND j’y réfléchis, je m’aperçois que je préfère les tapis aux tableaux. Pas le tapis-image, à part les Gobelins, mais le tapis iranien, oriental, à la construction géométrique, au dessin informel. Bien entendu, tout est lié à l’enfance. Dans ma culture arménienne, le tapis c’est d’abord le tapis où l’on joue pendant les contes, les chansons de la mère. Je ne peux séparer les teintes des sonorités, les balancements de la voix qui font remonter les sonorités les plus émouvantes, des torsades. Chez un peintre comme Carzou, il y a partout des châles. je m’en souviens maintenant... En prolongement de l’image, on peut dire que l’on tisse le vers... que parfois le fil craque. C’est l’impondérable qui crée le poème.
Dans la maison la poésie se fait discrète. Sur un meuble les cassettes témoignant des différents enregistrements effectués dans les années soixante par l’ORTF, avec des comédiens tels que Germaine Montero, Roger Blin, Jean Topart... Une armoire contient le trésor des livres dédicacés, la correspondance avec les dirigeants communistes de l’après-guerre... Et c’est presque tout car, pour Rouben Mélik, le poème n’est pas un art de recherche devant la table, mais une question de marche, de mesure accordée aux pas, de quotidien ressassé.
« Ça suit son cours un air dans la tête des gens
Très longtemps sur mesure en quoi chanter la lutte
A reprendre au refrain pour s’en battre les flancs
Quand l’orchestre à la fin n’était plus qu’une flûte
Ça suit son cours la valse à corps perdu dans la
Mélasse où plonge encore en s’y mêlant le corps
Laissé pour compte au bord du fleuve et s’y mêla
Cet autre corps longtemps noyé déjà dehors »
Entretien réalisé par Gérard Noiret
(source: le web de l'humanité)
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